jeudi, avril 02, 2015

Rahu, l’attachement et l’éclipse du 4 avril 2015


Le 4 avril 2015 à 14h06 (HL) Paris.

L’article intitulé Les noeuds lunaires et le nectar d’immortalité, transcrit, à partir du Ramayana de Valmiki et du Bhâgavata Purâna, les origines des nœuds lunaires du point de vue de la mythologie Hindoue, expliquant comment ils s’associent à l’attachement, au détachement et à la production de l’Amrit (le nectar d’immortalité), c’est-à-dire à la vie éternelle.
Astrologiquement parlant, ce mythe particulier est sans doute celui qui est le plus chargé de sens, toutes cultures confondues.  Les acteurs principaux en sont les devas (les dieux, en quête de la vérité) et les asuras (attachés aux sensations, plutôt que franchement démoniaques). 

Ils ne sont autres que nous-mêmes, avec nos faces lumineuses et nos faces obscures.
Au cœur de leur affrontement (de notre guerre intérieure), interviennent la Voie lactée (la mer de lait), le Soleil, la Lune et l’écliptique, le chakra de Vishnou (1) qui coupe en deux le démon Svarbhānu, donnant ainsi naissance à Rahu (le nœud nord) et à Ketu (le noeud sud).
La leçon majeure à retenir de cette merveilleuse histoire, est que seuls les dieux sont récompensés et accèdent à l’immortalité : non pas parce qu’ils sont meilleurs, mais parce qu’ils tiennent leur promesse de renoncer à la quête des jouissances matérielles symbolisés par les objets nées du barattage de la mer de lait (2)
 
Ce 4 avril le Soleil s’oppose à la Lune éclipsée par la proximité des nœuds, une opportunité pour explorer les significations profondes de Rahu et Ketu.  

Il semble parfois qu’en astrologie occidentale, l’axe des nœuds soit confiné à une sorte de balise directionnelle, Ketu se rattachant au passé, à ce dont il faudrait se détacher et Rahu à ce vers quoi il faudrait se diriger. « Comment puis-je aller vers mon nœud nord? » m’écrit-on parfois. Le moteur du karma, qui est la loi de la causalité associée à la qualité de nos actions par le biais de la réincarnation, leur est associé. Nos « âmes », nos « atmans » croissant vers le but final de l’illumination, du nirvana ou de moksha, peu importe (3).

La pratique astrologique nous montre les nœuds lunaires sous une forme plus complexe, plus événementielle et surtout balisant une véritable voie spirituelle. 

L’expérience montre que ce sont des lieux étranges, largement incompris, où le libre arbitre est le plus restreint, où l’événementiel s’attaque parfois à la fabrique de la destinée pour le meilleur ou pour le pire. Ce sont des carrefours où le psychisme s’entremêle à la matière, ce lien se manifestant par le biais d’événements décisifs et de rencontres déterminantes : nombre d’évènements marquant les destinées individuelles et collectives montrent des nœuds puissants, c’est-à-dire conjoints à un astre ou à un angle. Ils reflètent le monde matériel symboliquement issu du Soleil (l’origine) et de la Lune (la manifestation). Ils indiquent où s’assouvit la soif d’expériences et confrontent intensément au matériau brut, circonstanciel de la vie, qui semble émaner des visualisations et des projections de la pensée. Pour user d’une terminologie mythologique, les nœuds sont des démons qui introduisent un élément chaotique dans l’ordre cosmique auxquels appartiennent le Soleil, la Lune, le Zodiaque.

Ce sont les notions d’attachement et de détachement qui font cependant la différence et qui nous indiquent comment les nœuds marquent les importantes orientations de nos destinées. Et en ce sens (lire les nœuds lunaires et le nectar d’immortalité), il y a une inversion à ce qui est habituellement cru : ce sont les dieux qui tiennent la queue du serpent (Ketu) et les démons la tête (Rahu). 


RAHU, l'attachement

L’attachement est notre lot commun, peu d’entre nous y échappent. Il peut sembler trivial parfois, surtout si l’on se targue de suivre un cheminement spirituel. Après tout il n’est pas si compliqué d’accorder peu d’importance aux possessions matérielles, c’est-à-dire de comprendre qu’il ne sert à rien de mourir le plus riche du cimetière.

Ça n’est jamais pourtant que la première phase, la plus simple qui ne requiert qu’un minimum de réflexion. Il est bien plus ardu de renoncer à soi-même, à sa personnalité, à son histoire personnelle parsemée d’aventures, de défaites et de victoires, de se détacher de tout ce travail réalisé en vue de devenir et de croître spirituellement .

C’est là qu’est le piège le plus subtil, car tout désir en vue de se réaliser plonge dans l’illusion du temps et renforce le moi, qui s’identifie à ses orientations et à ses recherches et qui s’en enorgueillit. Rahu joue là sa meilleure carte, qui nous rend à jamais captif du désir. Car peu importe la nature de ce dernier, qu’il s’agisse d’argent, de sexe ou d’illumination, c’est le même mouvement mental, c’est la même projection dans le futur, c’est le même refus de l’instant présent.

Citons Krishnamurti : « Tant que nous essayons d’atteindre un résultat psychologique, tant que nous recherchons la sécurité intérieure, la contradiction se doit d’être présente dans nos vies. Je ne pense pas que la plupart d’entre nous soient conscients de cette contradiction (….) Et tant qu’il y a contradiction, l’esprit ne peut goûter à la paix. »

Le désir de connaître Dieu ou la sagesse, est le plus difficile à vaincre car il se pare d’atours séduisants, intelligents, humbles parfois alors que nombre de ceux qui empruntent cette voie se révèlent être de purs ego, persuadés d’être à un pas de la divinité, plus avancés que la majorité des autres, empêtrés qu’ils sont dans les quêtes matérielles. C’est que ces égos se mesurent à leur but, lequel n’est pas moins que devenir dieu. Le problème est que Rahu, lié au secret des motivations (n’est-ce pas le pouvoir ou la jouissance éternelle plutôt que la sagesse qui est recherchée?) s’associe, à cause de l’attachement, à la colère, à l’anxiété (celle de ne pas obtenir ce que l’on veut ou de perdre ce que l’on a obtenu) et en définitive, surtout, à l’insatisfaction, ce qu’indique sa position dans le thème de naissance.

KETU, le détachement

Ketu n’est pas le contraire de Rahu, les deux font partie du même être. C’est aussi un démon à la nature difficile, pour ne pas dire maléfique.

Il indique souvent les compulsions qui sont son lien avec le passé, karmique ou non. Il est lié aux épreuves, à des difficultés de toutes sortes, d’autant que sa nature est emplie de désirs, de pulsions et d’impulsivité. Entre de très nombreux exemples, les aspects tendus Mars/Ketu présents lors de nombreuses tragédies sont suffisamment parlants.

Mais Ketu est en cela semblable à Saturne : il nécessite une véritable orientation spirituelle pour donner ce qu’il a à donner, ce qui n’est pas rien, puisqu’il s’agit du nectar d’immortalité.

Si Saturne ne devient tout à fait bénéfique que dans le cadre de la renonciation, balayant ainsi la frustration dont il est souvent à l’origine, Ketu nécessite le détachement, qui libère de l’attachement. C’est pourquoi il est lié au but ultime, au zénith des achèvements. C’est lui qui en définitive transforme l’humain en dieu. Ainsi, si en certaines circonstances Rahu offre de grandes richesses, inséparables de l’attachement, les natifs marqués par Ketu et le détachement ont capacité à escalader les sommets spirituels.

La conjonction Soleil, Uranus, Mercure et Ketu au trigone de Jupiter

Le détachement ne peut-être volontaire, il ne peut être décidé, voulu en vue de gagner quelque chose et c’est pourquoi les « vœux » religieux (chasteté, pauvreté, discipline et ainsi de suite ) ne mènent à rien, sinon à plus de frustration. Le détachement, de même que la renonciation, doivent naître de l’intelligence et de la compréhension : c’est là toute la beauté et la signification profonde de cette rencontre actuelle d’Uranus, du Soleil, de Mercure et de Ketu, tout ces astres étant au trigone de Jupiter alors que la Lune est pleine et conjointe à Rahu.

Je ne crois pas que chaque pleine ou nouvelle Lune soit une opportunité particulière à de nouvelles avancées. Pour le dire autrement, chaque jour, chaque instant, c’est-à-dire chaque thème de naissance en est une, si l’on sait jouer correctement sa partition. Mais actuellement et au moins jusqu’au 12 ou 13 avril et peut-être plus particulièrement ces jours-ci, le détachement (Ketu), qui est la compréhension intelligente (Uranus) de l’attachement (Rahu), est à notre portée.

Uranus, l’astre de l’astrologie et de l’intuition (la perception directe de la vérité), conjoint à Ketu, indique la possibilité d’explorer les couches les plus profondes de la conscience, alors que le Soleil les illumine de sa lumière. La proximité de Mercure est un avantage certain, puisque l’intelligence analytique (l’art de concevoir des rapports entre les choses) s’allie à l’intuition uranienne. Jupiter quant à lui propose au voyageur intérieur des aides sous forme d'indications, de rencontres et d'opportunités riches de sens : on rencontre rarement une figure aussi propice à l’exploration de la conscience.

Il est ainsi essentiel, en ce moment même, de se pencher sur les mécanismes du moi et de la pensée, spécialement peut-être sur cette façon que nous avons de nous projeter dans le devenir, ce qui nous attache à nos égos par des liens d’acier. Renoncer au moi futur, renoncer à devenir, est la meilleure façon de comprendre le moi présent, de l’accepter et éventuellement de le dissoudre.

C’est cela ou, comme toujours, nous ferons les frais de cette éclipse, car ne nous y trompons pas, les nœuds lunaires sont les nœuds de la pensée : le déficit de lumière induit que des souffrances (Saturne carré à Neptune), des obsessions (Pluton au carré des luminaires et des nœuds), des frustrations (Mars au quinconce de Saturne), des compulsions (Ketu), des anxiétés (Rahu) se figent, s’enkystent et se cristallisent dans les mémoires (la Lune) et finissent, comme le notait Jung, par intervenir dans la vie sous forme de destin.


(1) Sudarshana Chakra est un disque qui comporte des millions de pointes. De même que le trident de Shiva, il est fait de la matière même du Soleil. Il appartient à Vishnou, celui qui préserve l’univers. Il représente l’ordre et en ce sens la roue Zodiacale qui donne une forme au chaos.

(2) Ils ne renoncent pas à la jouissance en soi, mais à sa quête permanente qui empêche l’esprit de plonger profondément en lui-même.

(3)  La problématique du karma est que nos personnalités actuelles n’ont gardé aucun souvenir de leurs existences passées. Comme la vie est rarement un lit de roses, nous paierions par nos souffrances les mauvaises actions réalisées par une personnalité antérieure et à jamais disparue, comme nous-mêmes disparaîtrons à notre mort. Certains ont parfois droit il est vrai, à une existence emplie de joies et de plaisirs, grâce au bon karma accumulé. D’une façon ou d’une autre le bien est récompensé et le mal puni, philosophie commode et rassurante.


CENTILOQUE


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pour une version entièrement retravaillée du CENTILOQUE, un ouvrage que j'ai publié en 1993 aux Editions Dervy: Centiloque

Extrait :

1- N°5 : caractère et destinée.

"L’astrologie dévoile les relations intimes qu’entretient le caractère avec la destinée. La destinée d’un individu est l’expression de son caractère."

Le mot caractère nous vient du grec kharaktêr, qui signifie un signe gravé.

Il signifie également ce qui est propre à une chose, son expression personnelle, son originalité. Par extension, le caractère définit l’ensemble des traits psychiques propres à un individu.

Le caractère se rapporte à la fois à l’expression originale d’un individu et à son thème astral, le signe gravé dans les cieux, qui nous représente et nous définit.

Le caractère est au départ cette infime portion de nos êtres, qui échappe au grand nivellement imposé par l’hérédité et par l’environnement de naissance (racial, familial, social et culturel). Il est ce qui nous rend unique. Au travers de ce petit germe de liberté, la nature développe en nous, patiemment, la sagesse, le pouvoir et l’amour.

Le terme de destinée est aussi riche en enseignements : il est à la racine du mot destination qui signifie le rôle, l’usage.

Le concept de destinée implique une fonction à remplir. Le caractère actualise la destinée, c’est-à-dire le rôle que nous avons à jouer dans cette existence, un rôle qui n’est pas imposé: on continue à confondre astrologie et fatalisme, on fait d’elle le chantre du c’était écrit, comme si sa fonction se bornait à décrire une destinée transformée en fatum, en une fatalité inéluctable à laquelle nul ne pourrait échapper. C’est tout à fait le contraire, puisque l’astrologie n’a de sens que si elle nous permet d’agir sur la destinée.